Les personnes qui ont la sécheresse oculaire ont généralement déjà essayé pas mal de choses : collyres lubrifiants, compresses, compléments, peut-être un humidificateur dans la chambre. Certaines aident, d’autres moins, et pour beaucoup les preuves recueillies jusqu’ici sont plus faibles qu’on ne le croit.
En 2025, le rapport international TFOS DEWS III a mis en ordre les études disponibles et a proposé un parcours pour choisir les traitements en fonction de la cause prédominante de la sécheresse oculaire de chaque personne1. Nous racontons ici ce qu’ont trouvé les recherches sur les remèdes les plus utilisés, y compris ceux qui ont déçu.
En bref
- Le rapport TFOS DEWS III indique comme premier pas les substituts lacrymaux et les mesures qui conservent et stimulent les larmes ; les autres traitements se choisissent selon la cause1.
- Les larmes artificielles en vente libre peuvent être sûres et efficaces et se valent en général, mais les preuves sont de faible qualité2.
- Compresses chaudes et hygiène des paupières sont la base du traitement quand les glandes des paupières fonctionnent mal1,3,4.
- L’essai contrôlé randomisé DREAM, portant sur 535 personnes, n’a trouvé aucune différence entre oméga-3 et placebo au bout d’un an5.
- Pour les collyres à base de corticoïdes, les preuves sont de certitude modérée ; pour les bouchons lacrymaux et la lumière pulsée, elles sont très incertaines7,8,9.
Dans cet article
- Le parcours par paliers du rapport TFOS DEWS III
- Sécheresse oculaire, les remèdes de base : les larmes artificielles
- Compresses chaudes et hygiène des paupières
- Oméga-3 : les attentes et les résultats
- Les traitements sur ordonnance
- L’environnement compte, mais les preuves sont observationnelles
- Questions fréquentes
- Sources
Le parcours par paliers du rapport TFOS DEWS III
Le rapport part d’une idée simple : avant tout, on cherche à reconstituer, conserver et stimuler le film lacrymal, le voile de larmes qui recouvre l’œil. Les substituts lacrymaux, c’est-à-dire les larmes artificielles, restent le pilier du traitement1.
Ensuite, on regarde la cause. Si le problème principal vient des glandes de Meibomius, qui produisent la partie grasse des larmes, la base est constituée par les compresses chaudes, auxquelles on peut ajouter des traitements en cabinet avec des appareils qui chauffent les paupières ou avec la lumière pulsée. S’il y a une inflammation importante, on envisage les médicaments anti-inflammatoires, comme les corticoïdes et les immunomodulateurs, et les substituts lacrymaux d’origine biologique, préparés à partir du sang de la personne elle-même. Pour les cas graves ou résistants, il existe des options chirurgicales et des greffes de membrane amniotique1.
À côté de tout cela, le rapport place les habitudes : la façon de cligner des paupières, la supplémentation alimentaire, l’environnement. Et il souligne que, pour un soulagement durable, comptent l’information et la constance dans le suivi des traitements1. C’est un schéma conçu pour guider les cliniciens, pas une échelle à gravir seul.
Sécheresse oculaire, les remèdes de base : les larmes artificielles
Une revue Cochrane a réuni 43 essais contrôlés randomisés portant sur 3 497 personnes. Les larmes artificielles en vente libre se sont révélées en général sûres, bien que non dépourvues d’effets indésirables, et la plupart semblent avoir une efficacité similaire. La qualité des preuves est toutefois faible : beaucoup d’études présentaient des défauts de méthode, et 18 autres études, avec 2 079 participants, figurent comme enregistrées mais sans résultats publiés2.
Ce que contiennent les larmes artificielles, pourquoi les conservateurs font débat et quelle différence il y a entre flacons et unidoses, nous l’expliquons dans l’article sur les larmes artificielles.
Compresses chaudes et hygiène des paupières
Le dysfonctionnement des glandes de Meibomius est, selon le rapport TFOS DEWS III, l’un des principaux moteurs de la sécheresse oculaire, et le traitement typique est constitué par les compresses chaudes1. Une revue de 2023 portant sur 22 études a trouvé que les serviettes chaudes réduisent les symptômes, mais refroidissent vite : sans les réchauffer, la température descend rapidement sous le niveau utile3.
Le nettoyage du bord des paupières a des preuves plus modestes. La revue Cochrane sur la blépharite chronique conclut que l’hygiène des paupières peut soulager les symptômes, sans preuves solides toutefois qu’un traitement résolve le problème à long terme4. Nous en parlons dans l’article sur la blépharite.
Pour les technologies de cabinet, le tableau est encore incertain. Une revue Cochrane de 2020 sur la lumière pulsée, une technique qui applique des impulsions de lumière sur la peau près des paupières, n’a trouvé que 3 essais contrôlés randomisés portant sur 114 adultes : on ne peut pas dire si elle améliore les symptômes, et la sécurité n’est pas bien documentée9.
Oméga-3 : les attentes et les résultats
Sur les compléments d’oméga-3, les attentes étaient élevées ; les études contrôlées les ont revues à la baisse.
L’étude
DREAM : un an d’oméga-3 contre un placebo
L’étude américaine DREAM a affecté au hasard 535 personnes atteintes de sécheresse oculaire à un complément contenant 3 000 mg d’acides gras oméga-3 (349 personnes) ou à un placebo (186) pendant un an. À la fin, le score des symptômes s’était amélioré de façon similaire dans les deux groupes : de 13,9 points avec les oméga-3 et de 12,5 avec le placebo, une différence non significative. Les signes mesurés par l’ophtalmologiste, comme la stabilité des larmes et leur quantité, n’ont pas non plus évolué différemment. D’après les analyses de sang, 85 % des personnes du groupe oméga-3 avaient suivi le traitement ; les effets indésirables ont été similaires dans les deux groupes5.
La donnée la plus instructive est peut-être une autre : le groupe placebo lui aussi s’est amélioré de plus de 12 points. Sans groupe de comparaison, cette amélioration aurait semblé due tout entière aux oméga-35.
Une revue Cochrane de 2019, portant sur 34 essais contrôlés randomisés et 4 314 adultes de 13 pays suivis de un à douze mois, va dans le même sens : avec les oméga-3 à chaîne longue, par rapport au placebo, les symptômes diminuent peu ou pas du tout (preuves de faible certitude). Une petite augmentation de la production de larmes est probable, que les auteurs ne jugent toutefois pas pertinente en pratique. Plus de la moitié des études présentaient un risque élevé de biais6.
Les traitements sur ordonnance
Parmi les anti-inflammatoires, les collyres à base de corticoïdes ont été évalués par une revue Cochrane de 2022, qui a réuni 22 essais contrôlés randomisés portant sur 4 169 personnes, traitées de une semaine à trois mois. Par rapport aux lubrifiants, les corticoïdes améliorent probablement les symptômes et les atteintes de la surface de l’œil dans une mesure faible à modérée (preuves de certitude modérée). Près de la moitié des études, toutefois, présentaient un risque élevé de ne rapporter que les résultats favorables, et huit étaient financées exclusivement par l’industrie7.
Les bouchons lacrymaux sont de petits dispositifs qui ferment les canaux d’évacuation des larmes, pour les retenir plus longtemps sur l’œil. Une revue Cochrane de 2017 portant sur 18 études et 711 personnes a trouvé des preuves non concluantes sur l’amélioration des symptômes. Les effets indésirables n’étaient pas rares : surtout un larmoiement excessif, mais aussi des démangeaisons, un gonflement des paupières et un déplacement du bouchon8.
L’environnement compte, mais les preuves sont observationnelles
Température, humidité, vent, pollution et air des espaces clos sont associés à la sécheresse oculaire ; les personnes qui vivent dans des villes denses, dans des zones industrielles ou dans des climats secs semblent plus exposées. Une revue narrative de 2026 rappelle toutefois que presque toutes les études sont transversales ou observationnelles, donc montrent des associations et ne peuvent pas démontrer une cause10. Le rapport TFOS DEWS III inclut malgré tout les aménagements de l’environnement parmi les mesures utiles dans la prise en charge à long terme1.
Quand en parler à l’ophtalmologiste
- Si, après quelques semaines de larmes artificielles, les symptômes ne s’améliorent pas, ou s’aggravent.
- Si l’on vous a proposé un collyre anti-inflammatoire : les contrôles servent à évaluer son effet et sa tolérance.
- Si, à la sécheresse des yeux, s’ajoute celle de la bouche, ou une fatigue qui ne passe pas : il peut valoir la peine d’exclure une maladie auto-immune.
- Sans attendre, le jour même : forte douleur, vue qui baisse brutalement, œil très rouge. Si c’est grave, appelez le 112 et consultez la page consacrée aux urgences.
Questions fréquentes
Quel est le bon remède contre la sécheresse oculaire ?
Il n’y a pas de réponse valable pour tous. Le rapport TFOS DEWS III propose de partir des substituts lacrymaux et de choisir les autres traitements selon la cause prédominante, que l’ophtalmologiste identifie par la consultation et quelques examens1. Comment on arrive au diagnostic, nous l’expliquons dans l’article sur les symptômes de la sécheresse oculaire.
Les compléments d’oméga-3 servent-ils contre la sécheresse oculaire ?
Dans l’étude DREAM, portant sur 535 personnes suivies pendant un an, les oméga-3 n’ont pas donné de résultats différents du placebo5. La revue Cochrane de 2019 conclut que les symptômes diminuent peu ou pas du tout, avec des preuves de faible certitude6.
Les compresses chaudes fonctionnent-elles vraiment ?
Les preuves recueillies dans 22 études indiquent que les serviettes chaudes réduisent les symptômes, à condition de maintenir la température, car elles refroidissent vite3. Le rapport TFOS DEWS III les indique comme traitement typique quand les glandes des paupières fonctionnent mal1.
La sécheresse oculaire disparaît-elle complètement ?
C’est souvent une situation que l’on gère dans la durée plus qu’un trouble qui se résout une fois pour toutes. C’est pourquoi le rapport TFOS DEWS III insiste sur l’information et sur la constance dans les traitements pour obtenir un soulagement durable1.
Le message des études est moins spectaculaire que les promesses qui circulent parfois, mais plus utile : pour la sécheresse oculaire, il n’existe pas de raccourci identique pour tous. Il existe un parcours, qui part des larmes artificielles et des paupières et s’adapte à la cause1.
Sources
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- Schjerven Magno M, Olafsson J, Beining M, Moschowits E, Lagali N, Wolffsohn JS, et al. Hot towels: The bedrock of Meibomian gland dysfunction treatment – A review. Cont Lens Anterior Eye. 2023;46(2):101775. doi:10.1016/j.clae.2022.101775 · PubMed 36715292
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Les titres des études sont donnés dans leur langue de publication d’origine. Les numéros de renvoi dans le texte correspondent à ces sources ; les données bibliographiques proviennent de PubMed (National Library of Medicine).


