Information de vulgarisation fondée sur les études : ce n'est pas un avis médical et cela ne remplace pas une consultation ophtalmologique.Information, pas un avis médical. Avertissement

Cristallins artificiels : implants monofocaux, multifocaux, EDOF

Lors de l’opération de la cataracte, le cristallin naturel est remplacé par un implant artificiel. Quels types existent, ce que l’on gagne et ce que l’on concède avec chacun, selon les revues Cochrane et l’ESCRS.

Par la rédactionMis à jour le 11 min de lecture10 études et sources citéesTexte généré par IA
Illustration Là où l'on voit net avec trois types de cristallins artificiels : le monofocal de loin, le multifocal aussi de près mais avec plus de halos, l'EDOF de loin et à distance intermédiaire. Avec le monofocal et l'EDOF, il faut en général des lunettes pour lire.

Pendant l’opération de la cataracte, il se passe une chose à laquelle peu de gens pensent à l’avance : en plus de retirer la lentille opaque, le chirurgien en insère une nouvelle. C’est le cristallin artificiel, que les ophtalmologistes appellent lentille intraoculaire ou implant, et son type décide en bonne partie de la façon dont vous verrez, après l’opération, de près, à distance intermédiaire et de loin.

Le choix, toutefois, se fait avant, et sans pouvoir l’essayer. C’est un choix fait de compromis : gagner en liberté vis-à-vis des lunettes à une certaine distance peut signifier accepter quelques halos de plus autour des lumières, la nuit5.

En bref

  • Le cristallin artificiel est une lentille synthétique implantée dans l’œil, à la place du cristallin naturel, pendant l’opération de la cataracte1 ; il est conçu pour rester de façon permanente2.
  • Les implants monofocaux font la mise au point à une seule distance, en général de loin : pour lire, il faut généralement des lunettes5.
  • Les multifocaux réduisent le besoin de lunettes, mais avec plus de halos et d’éblouissement que les monofocaux, selon une revue Cochrane5.
  • Les EDOF, à profondeur de champ étendue, favorisent la distance intermédiaire avec moins de gêne lumineuse que les multifocaux ; pour lire, toutefois, des lunettes restent nécessaires dans la plupart des cas6.
  • Les toriques corrigent aussi l’astigmatisme de la cornée10, présent de façon notable chez plus de 40 % des personnes opérées de la cataracte9.
Dans cet article
  1. Qu’est-ce qu’un cristallin artificiel ?
  2. Monofocaux : nets à une distance
  3. Multifocaux : plusieurs distances, quelques halos de plus
  4. EDOF : la profondeur de champ étendue
  5. Toriques : quand il y a aussi de l’astigmatisme
  6. Et le filtre pour la lumière bleue ?
  7. Comment choisit-on le cristallin artificiel ?
  8. Questions fréquentes
  9. Sources

Qu’est-ce qu’un cristallin artificiel ?

Le cristallin artificiel est une lentille synthétique que le chirurgien insère dans l’œil après avoir retiré le cristallin naturel devenu opaque1. Aujourd’hui, il est en général fait d’acrylique hydrophobe, un matériau qui repousse l’eau3, et il est conçu pour rester dans l’œil de façon permanente2. Tous les implants modernes atténuent le passage des rayons ultraviolets1. Sa puissance se calcule avant l’opération, à partir des mesures de l’œil4 ; nous racontons le déroulement de l’opération dans l’article sur l’opération de la cataracte.

Pour s’y retrouver entre les différents types, il convient de penser à trois distances : de loin, pour conduire ou regarder la télévision ; intermédiaire, celle de l’écran d’ordinateur ou du tableau de bord ; de près, pour lire un livre ou le téléphone.

Monofocaux : nets à une distance

Les implants monofocaux sont ceux de référence. Ils font la mise au point de façon nette à une seule distance, choisie avant l’opération : en général de loin. Une bonne vision de loin sans correction est aujourd’hui un résultat réaliste, tandis que pour voir de près, une aide supplémentaire est en général nécessaire, le plus souvent des lunettes de lecture5.

Il existe aussi une variante, la monovision : un œil est réglé pour la vision de loin et l’autre pour la vision de près6. Le NICE, le National Institute for Health and Care Excellence britannique, l’indique pour les personnes qui l’utilisent déjà avant l’opération et souhaitent la conserver4. En comparaison avec les multifocaux, la revue Cochrane de 2016 a trouvé que la monovision laisse plus de besoin de lunettes mais donne moins d’éblouissement5.

Multifocaux : plusieurs distances, quelques halos de plus

Les implants multifocaux ont plusieurs zones de mise au point, pour offrir une vision utile à plusieurs distances, y compris de près5. Les versions à trois foyers s’appellent trifocaux.

L’étude

Multifocaux contre monofocaux : la revue Cochrane

La revue, publiée en 2016, a réuni 20 essais contrôlés randomisés portant sur 2 230 personnes (3 194 yeux), dont 13 menés en Europe. De loin, les deux familles d’implants donnaient des résultats similaires (preuves de certitude modérée). Avec les multifocaux, la vision de près à l’œil nu était plus nette et le besoin de lunettes moindre, mais avec des preuves de certitude faible. Le revers : l’éblouissement était rapporté environ 40 % plus souvent et les halos autour des lumières environ trois fois et demie plus souvent. Les limites : il était difficile de cacher aux participants quel implant ils avaient reçu et les modèles d’implants étaient très différents les uns des autres. Les auteurs concluent que le bilan entre avantages et effets indésirables varie d’une personne à l’autre et que le désir de se passer de lunettes est probablement le facteur décisif5.

Les recommandations publiées en 2024 par l’European Society of Cataract and Refractive Surgeons (ESCRS) les considèrent comme une option pour les personnes qui souhaitent une forte probabilité d’indépendance vis-à-vis des lunettes, mais demandent un usage réfléchi, car halos, éblouissement et autres gênes lumineuses sont plus fréquents qu’avec les monofocaux et la sensibilité au contraste peut diminuer6. Le NICE va plus loin et recommande de ne pas les proposer lors de l’opération de la cataracte4.

Toutes les études ne concordent pas : une méta-analyse en réseau de 2022, portant sur 27 études et 2 605 patients, n’a pas trouvé de différences statistiquement significatives entre multifocaux et monofocaux pour le contraste, l’éblouissement et les halos7.

EDOF : la profondeur de champ étendue

Les implants EDOF, de l’anglais extended depth of focus, cherchent à allonger l’intervalle des distances mises au point, surtout vers la distance intermédiaire. Dans la méta-analyse en réseau de 2022, ils donnaient une vision intermédiaire à l’œil nu plus nette que celle des monofocaux7 ; une analyse similaire de 2024, portant sur 28 essais contrôlés randomisés et 2 465 personnes, a confirmé l’avantage intermédiaire et a trouvé que les trifocaux offrent, par rapport aux monofocaux, une vision de près plus nette8.

Une revue Cochrane de 2024 a comparé directement trifocaux et EDOF, mais n’a trouvé que cinq études, avec 233 personnes suivies pendant trois à six mois. De loin, les résultats étaient similaires ; dans une étude portant sur 60 personnes, une vision de près à l’œil nu inférieure au seuil considéré comme normal concernait 3 % de celles qui avaient un trifocal et 30 % de celles qui avaient un EDOF. Halos et éblouissement étaient rapportés avec les deux, sans différences détectables, et la certitude des preuves était faible3.

Les recommandations de l’ESCRS résument ainsi la comparaison, ici sous une forme simplifiée6 :

Ce qui changeMultifocauxEDOFMonovision
Distances mises au pointde près, intermédiaire, de loinintermédiaire et de loinintermédiaire et de loin
Lunettes pour lireon peut souvent s’en passernécessaires dans la plupart des casnécessaires dans la plupart des cas
Halos et éblouissementplus probables, contraste réduitmoins probablespeu probables

Toriques : quand il y a aussi de l’astigmatisme

L’astigmatisme naît souvent d’une cornée plus courbe dans une direction que dans l’autre, et brouille les images à toutes les distances. Selon une revue de 2021, plus de 40 % des personnes opérées de la cataracte ont un astigmatisme d’au moins une dioptrie, une valeur qui, si elle n’est pas corrigée, pèse sur la vision9. Les implants toriques comportent aussi une correction de l’astigmatisme.

Une revue Cochrane de 2019 les a comparés aux incisions limbiques relaxantes, de petites entailles au bord de la cornée qui en modifient la courbure. Dans 10 études portant sur 517 personnes, environ 700 yeux sur 1 000 avec un implant torique avaient un astigmatisme résiduel inférieur à une demi-dioptrie, contre environ 500 sur 1 000 avec les incisions (preuves de certitude modérée) ; la différence sur la vision finale était en revanche faible10. L’ESCRS recommande d’envisager les toriques à partir d’un astigmatisme cornéen d’une dioptrie, avec des preuves plus solides au-delà de deux dioptries6.

Et le filtre pour la lumière bleue ?

Certains implants filtrent aussi une partie de la lumière bleue visible, dans l’idée de préserver la macula. Une revue Cochrane de 2018 portant sur 51 essais contrôlés randomisés, pour plus de 5 000 yeux, n’a pas trouvé de différences cliniquement pertinentes sur la vision par rapport aux implants sans filtre, et a conclu qu’on ne sait pas si le filtre influence la santé de la macula ou le risque de DMLA1. Nous en parlons aussi à propos des lunettes avec filtre pour la lumière bleue.

Comment choisit-on le cristallin artificiel ?

Le NICE demande de discuter avec la personne des conséquences des différents implants sur la vision et de fonder le choix sur le résultat qu’elle préfère elle-même, en le consignant dans le dossier4. Les recommandations de l’ESCRS parlent de décision partagée et indiquent trois critères pour les implants qui corrigent aussi la presbytie : les autres maladies de l’œil, le désir d’indépendance vis-à-vis des lunettes et des attentes réalistes6.

Les questions utiles concernent la vie de tous les jours : à quelles distances tenez-vous à vous passer de lunettes, combien conduisez-vous de nuit, à quel point les halos autour des lumières vous gêneraient-ils. Les alternatives pour celles et ceux qui veulent moins de lunettes de près sont aussi réunies dans l’article sur les solutions pour la presbytie.

Questions fréquentes

Le cristallin artificiel dure-t-il pour toujours ?

Il est conçu pour rester dans l’œil de façon permanente2. Parmi les complications possibles, les recommandations de l’ESCRS mentionnent aussi des problèmes de l’implant lui-même, comme un déplacement ou une opacification6. Une autre éventualité est le voile de la capsule qui soutient l’implant, la cataracte secondaire.

A-t-on encore besoin de lunettes après l’opération de la cataracte ?

Cela dépend de l’implant et du résultat choisi. Avec les monofocaux, il faut en général des lunettes pour lire5 ; multifocaux et EDOF réduisent le besoin, mais ne l’éliminent pas pour tout le monde3,5,6. Le NICE demande d’expliquer avant l’opération que des lunettes pourraient être nécessaires pour certaines activités4.

Les implants multifocaux donnent-ils des halos la nuit ?

Les halos sont plus fréquents avec les multifocaux qu’avec les monofocaux5 ; avec les EDOF, ils sont moins probables qu’avec les multifocaux6, même si toutes les études ne s’accordent pas sur l’ampleur du problème7.

Existe-t-il un cristallin artificiel adapté à tout le monde ?

Non. Le bilan entre avantages et effets indésirables change d’une personne à l’autre5, et les recommandations demandent de décider ensemble, en tenant compte des autres maladies de l’œil, des habitudes et des attentes4,6.

Le cristallin artificiel n’est pas un détail technique : c’est la lentille avec laquelle vous regarderez le monde après l’opération. Les études décrivent ce qu’offre chaque famille d’implants et ce qu’elle demande en échange, souvent avec des preuves de certitude encore faible ; le reste dépend de votre façon de vivre, et se décide avec l’ophtalmologiste.

Sources

  1. Downie LE, Busija L, Keller PR. Blue-light filtering intraocular lenses (IOLs) for protecting macular health. Cochrane Database Syst Rev. 2018;5(5):CD011977. doi:10.1002/14651858.CD011977.pub2 · PubMed 29786830 · PMC
  2. Chen SP, Woreta F, Chang DF. Cataracts: A Review. JAMA. 2025;333(23):2093-2103. doi:10.1001/jama.2025.1597 · PubMed 40227658
  3. Tavassoli S, Ziaei H, Yadegarfar ME, Gokul A, Kernohan A, Evans JR, et al. Trifocal versus extended depth of focus (EDOF) intraocular lenses after cataract extraction. Cochrane Database Syst Rev. 2024;7(7):CD014891. doi:10.1002/14651858.CD014891.pub2 · PubMed 38984608 · PMC
  4. National Institute for Health and Care Excellence (NICE). Cataracts in adults: management (NG77). 2017. nice.org.uk
  5. de Silva SR, Evans JR, Kirthi V, Ziaei M, Leyland M. Multifocal versus monofocal intraocular lenses after cataract extraction. Cochrane Database Syst Rev. 2016;12(12):CD003169. doi:10.1002/14651858.CD003169.pub4 · PubMed 27943250 · PMC
  6. European Society of Cataract and Refractive Surgeons (ESCRS). ESCRS Guideline for Cataract Surgery. 2024. escrs.org
  7. Cho JY, Won YK, Park J, Nam JH, Hong JY, Min S, et al. Visual Outcomes and Optical Quality of Accommodative, Multifocal, Extended Depth-of-Focus, and Monofocal Intraocular Lenses in Presbyopia-Correcting Cataract Surgery: A Systematic Review and Bayesian Network Meta-analysis. JAMA Ophthalmol. 2022;140(11):1045-1053. doi:10.1001/jamaophthalmol.2022.3667 · PubMed 36136323 · PMC
  8. Li J, Sun B, Zhang Y, Hao Y, Wang Z, Liu C, et al. Comparative efficacy and safety of all kinds of intraocular lenses in presbyopia-correcting cataract surgery: a systematic review and meta-analysis. BMC Ophthalmol. 2024;24(1):172. doi:10.1186/s12886-024-03446-1 · PubMed 38627651 · PMC
  9. Keshav V, Henderson BA. Astigmatism Management with Intraocular Lens Surgery. Ophthalmology. 2021;128(11):e153-e163. doi:10.1016/j.ophtha.2020.08.011 · PubMed 32798525
  10. Lake JC, Victor G, Clare G, Porfírio GJ, Kernohan A, Evans JR. Toric intraocular lens versus limbal relaxing incisions for corneal astigmatism after phacoemulsification. Cochrane Database Syst Rev. 2019;12(12):CD012801. doi:10.1002/14651858.CD012801.pub2 · PubMed 31845757 · PMC

Les titres des études sont donnés dans leur langue de publication d’origine. Les numéros de renvoi dans le texte correspondent à ces sources ; les données bibliographiques proviennent de PubMed (National Library of Medicine).

Dans la même rubrique

À lire aussi